![]() Le chemin de l'école reste bloqué pour beaucoup de handicapés
10 000 à 20 000 enfants seraient totalement hors du système.
Par Véronique SOULE
QUOTIDIEN : Mardi 17 octobre 2006 - 06:00
«A
ffirmer le droit à l'école pour tous sans mettre le dispositif
adéquat, c'est comme de dire à quelqu'un : vous avez accès au
deuxième étage sans qu'il y ait d'escalier.» Jean-Paul
Champeaux, responsable de l'association Trisomie 21, a ainsi
parfaitement résumé le bilan de la rentrée fait par un collectif
d'associations. La loi du 11 février 2005, garantissant le droit à
la scolarité des enfants handicapés, est certes louable. Mais trop
souvent les moyens ne suivent pas sur le terrain.
«Sans solution». Sur environ 250 000 enfants
handicapés, 150 000 étaient scolarisés l'année dernière, dont 105
000 dans le primaire et 50 000 dans le secondaire. Les chiffres ne
sont pas encore connus pour cette rentrée, mais, selon les
associations membres du Collectif pour la refondation de la
politique du handicap dont la FCPE, SE Unsa, etc. , ils
devraient être proches. Potentiellement, la demande reste forte,
mais, les conditions requises n'étant pas là, souvent les familles
renoncent. On estime ainsi qu'entre 10 000 et 20 000 enfants
handicapés sont «sans solution» c'est-à-dire qu'ils ne sont
inscrits ni en établissement spécialisé ni en école ordinaire ,
essentiellement des polyhandicapés et des autistes.
Pour les parents, les démarches ressemblent encore au parcours
du combattant. Il faut notamment s'assurer qu'il y a bien dans
l'établissement une auxiliaire de vie scolaire (AVS), chargée
d'aider les élèves handicapés. La plupart ne fréquentant l'école
que très partiellement souvent quelques heures par semaine , les
AVS se partagent entre plusieurs enfants. Mais elles ne sont pas en
nombre suffisant. Des EVS (emplois vie scolaire) ont bien été
embauchés, mais ce sont des emplois encore plus précaires destinés
en priorité aux chômeurs et aux RMistes sans formation
particulière.
Fernand Tournan, le président de l'Apajh (Association pour
adultes et jeunes handicapés), a ainsi cité le cas d'un élève qui
avait six heures d'accompagnement l'an dernier en CP et qui s'est
retrouvé sans rien à la rentrée :
«On a conseillé à ses parents un établissement spécialisé. Ils
ont protesté et finalement il a eu trois heures, mais prises sur
deux autres enfants handicapés.»
Familles perdues. Autre problème : le manque
d'information des enseignants.
«Depuis la rentrée, ils ont reçu trois notes sur la lecture mais
aucune sur l'application de la loi sur le handicap», souligne
Emmanuel Guichardaz, de la FSU. Les enseignants, du coup, ne savent
pas préparer
«le projet personnalisé de scolarisation», pourtant
obligatoire.
Les familles elles-mêmes sont perdues. Beaucoup d'entre elles ne
connaissent même pas les «professeurs référents» de leur quartier,
pourtant censés être leurs interlocuteurs privilégiés.
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